Titre : The Executive – Movie Industry Tycoon | Éditeurs : Goblinz Publishing & Maple Whispering Média | Développeur : Aniki Games | Prix : 14,99 € | Genre : Gestion/Simulation | Langue : Français | Disponible sur PC & Mac

J’ai produit un film qui devait tout changer.
120 millions de budget.
Un casting parfait.
Une campagne marketing agressive.
Une date de sortie soigneusement choisie.
Dans The Executive – Movie Industry Tycoon, tout semblait aligné. Les curseurs étaient au vert. Les indicateurs favorables. Même la tendance du marché jouait en ma faveur.
Le box-office est tombé un lundi matin.
Correct.
Pas catastrophique.
Mais loin de mes ambitions.
Et je me suis senti étrangement atteint.
Ce n’était qu’un jeu. Un système de probabilités, des variables, des calculs invisibles. Pourtant, j’avais l’impression d’avoir raté quelque chose de plus grand qu’un simple investissement mal optimisé dans une simulation. J’avais l’impression d’avoir trahi une vision.
C’est là que j’ai compris que je ne jouais pas à The Executive comme tout le monde.

Au départ, mon studio était modeste. Des budgets serrés, des choix prudents, des productions calibrées pour survivre. Je ne cherchais pas le prestige. Je cherchais la stabilité. Je me racontais les débuts difficiles, les négociations compliquées, les compromis acceptés pour garder la tête hors de l’eau.
Puis un film a dépassé les attentes.
Rien d’explosif. Mais suffisamment pour faire décoller la réputation du studio.
Je me suis surpris à ralentir le rythme. À regarder les chiffres grimper comme s’ils représentaient autre chose qu’un simple revenu virtuel. Dans ma tête, les articles spécialisés commençaient à parler de nous. Les acteurs voulaient signer. Les investisseurs devenaient plus conciliants.
Le studio prenait une identité.
Et moi, je m’attachais.

C’est peut-être là que tout dérape.
Parce qu’à partir du moment où je m’attache, je cesse d’optimiser froidement. Je commence à défendre une ligne éditoriale. Je refuse certains projets “rentables mais sans âme”. Je privilégie des paris artistiques. Je construis des trilogies imaginaires. Je développe des univers étendus qui n’existent que dans ma tête.
Je ne produis plus des films.
Je bâtis une filmographie.
Je me surprends à penser à la cohérence entre deux œuvres fictives. À l’évolution thématique du studio. À la manière dont le public pourrait percevoir un virage trop commercial.
Je crée des affiches. Parfois mentalement. Parfois réellement. Une feuille A4, un titre inventé, un slogan qui sonne mieux dans ma tête que dans la réalité.
Je regarde cette affiche et je me dis :
« Oui, ce studio aurait pu exister. »
Et pendant quelques secondes, il existe vraiment.

Puis vient le film de trop.
Le projet colossal. Celui qui doit nous faire entrer dans une autre dimension. Celui qui n’est plus seulement un succès attendu, mais une déclaration.
Je valide le budget. J’assume le risque.
Les semaines passent dans le jeu. Les coûts explosent. La pression monte, artificielle, évidemment, mais bien présente.
Et le verdict tombe.
Les recettes sont en berne.
Pas extraordinaires.
Pas historiques.
Je reste devant l’écran.
Je pourrais recharger la sauvegarde. Corriger le tir. Réécrire l’histoire.
Je ne le fais pas.
Parce que l’échec relatif fait désormais partie de la chronologie. Il donne de l’épaisseur. Il crée une cicatrice. Il oblige à repenser la stratégie.
Dans ma tête, le film devient une œuvre incomprise. Trop ambitieuse. Mal vendue. En avance sur son temps.
Je me mets à défendre un long-métrage qui n’existe pas.
Et je réalise que l’émotion, elle, est bien réelle.

Le plus troublant, ce n’est pas ce que je ressentais pendant la partie.
C’est ce qui se passe après.
Le PC est éteint. L’écran noir. La partie terminée. Et pourtant, rien ne s’arrête. Je continue à réfléchir. Je me demande si le studio aurait mieux fait de revenir à des productions plus modestes, s’il fallait lancer une franchise plus accessible, ou accepter une coproduction internationale pour sécuriser les finances.
Je pense à tout ça en faisant autre chose. Sous la douche, en préparant le café, dans la voiture… Le studio existe encore, mais uniquement dans ma tête.
C’est étrange, mais à ce moment précis, le jeu a dépassé son cadre. Ce n’est plus une simulation. C’est un univers parallèle en expansion, un monde que j’ai construit et que je continue à habiter mentalement.

Il est tard. La maison est silencieuse. Le studio fictif est en reconstruction dans mon imagination. Une nouvelle trilogie est déjà en préproduction, les finances sont fragiles mais l’ambition intacte.
Je souris presque bêtement. Parce que je sais que demain, je penserai encore à eux.
Même si tout cela n’existe que dans quelques lignes de code… et dans mon imagination.



