Nintendo Direct : Et si le géant s’était endormi ?

Ce mardi 9 juin 2026 avait lieu un nouveau Nintendo Direct en grande partie consacré à la Switch 2. Une conférence que j’attendais avec impatience, presque avec fébrilité. Après tout, la console vient de souffler sa première bougie et, malgré un lancement solide sur le plan commercial, elle manque toujours de ces grands jeux capables de définir une génération. Mario se fait désespérément attendre. Captain Falcon semble avoir disparu des radars. Quant aux autres licences historiques de la firme, elles brillent surtout par leur absence. Bien sûr, quelques noms comme Kirby, Yoshi ou Splatoon continuent d’exister, mais difficile de parler d’une offensive majeure capable d’enflammer les foules.

Alors forcément, j’attendais beaucoup de cette présentation. Peut-être trop.

Et au final, qu’en retenir ? Honnêtement, pas grand-chose.

Une grande partie des annonces concernait des portages de jeux déjà disponibles ailleurs depuis parfois plusieurs mois, voire plusieurs années. Voir débarquer Stellar Blade ou Lies of P sur Switch 2 est une bonne nouvelle pour ceux qui n’ont jamais eu accès à ces titres, mais difficile d’y voir une démonstration de force. D’autres jeux étaient des exclusivités temporaires ou des productions de niche, à l’image de The Duskbloods, Xenoblade Genesis ou encore Hello Kitty Party Land. Des projets qui trouveront leur public, sans aucun doute, mais qui ne représentent pas cette fameuse étincelle que beaucoup espéraient.

Du côté de Nintendo lui-même, le bilan paraît étonnamment maigre.

Nous avons eu droit à un nouveau regard sur Star Fox, déjà annoncé et attendu pour la fin du mois. Un Nintendo Switch Sports Resorts prévu pour octobre qui donne davantage l’impression d’être une extension tardive d’une formule déjà connue qu’une véritable évolution. Un nouvel épisode de Fire Emblem, plutôt prometteur au demeurant, qui arrivera en septembre. Et enfin, la surprise de la conférence : le retour de Zelda: Ocarina of Time sous la forme d’un remake.

Cette dernière annonce aurait dû être le moment fort de la conférence.

Dans les faits, elle m’a laissé perplexe.

Quelques images, un teaser, une fenêtre de sortie vague pour 2026 et une direction artistique qui divise déjà. Surtout, aucune véritable séquence de gameplay. Rien qui permette de comprendre la vision du projet ou de mesurer l’ampleur du travail réalisé. Nintendo nous demande de rêver, mais refuse de nous montrer ce qui devrait alimenter ce rêve.

Et c’est précisément là que se situe mon principal problème avec ce Direct.

Où sont les nouveaux Mario ?

Où sont les nouvelles licences capables de surprendre ?

Où sont les résurrections de ces séries oubliées que les fans réclament depuis des années ?

Où sont les prises de risques qui ont autrefois fait la réputation de Nintendo ?

Pendant des décennies, Nintendo a été ce constructeur capable de prendre tout le monde à contre-pied. Celui qui transformait une simple conférence en événement historique. Celui qui créait la surprise là où personne ne l’attendait. Celui qui imposait des tendances plutôt que de les suivre.

Aujourd’hui, j’ai parfois l’impression d’observer un animal blessé qui avance péniblement en espérant survivre jusqu’au prochain hiver. Ou peut-être un empereur déchu qui contemple ses anciens trophées en espérant que leur éclat suffira encore à impressionner le monde.

L’image est dure, mais c’est véritablement le sentiment qui m’habite après cette présentation.

Plus inquiétant encore, ce Direct soulève une question que je n’aurais jamais imaginé poser il y a quelques mois : Nintendo était-il réellement prêt pour cette nouvelle génération ?

Car plus le temps passe, plus j’ai le sentiment que la Switch 2 est arrivée dans un contexte d’urgence. Comme si la pression des joueurs, l’usure commerciale de la première Switch et les attentes du marché avaient forcé la firme à accélérer son calendrier. Comme si la machine était prête, mais que les projets capables de la porter ne l’étaient pas encore.

Résultat : nous nous retrouvons face à une succession de jeux sympathiques, parfois intéressants, mais rarement indispensables.

Le plus ironique dans tout cela, c’est que ma plus grande satisfaction de l’événement reste probablement Pikuniku 2.

Pikuniku 2.

Une excellente nouvelle, certes, mais lorsqu’un jeu indépendant aussi atypique devient à vos yeux le point culminant d’un Nintendo Direct consacré à une console de nouvelle génération, cela en dit long sur l’état général de la présentation.

Car soyons honnêtes : aucun des jeux montrés n’a réellement l’étoffe d’un system seller.

Aucun ne semble capable de convaincre les indécis d’acheter une Switch 2. Aucun ne paraît suffisamment fort pour provoquer cet enthousiasme collectif qui pousse des millions de joueurs à se précipiter en magasin. Le remake d’Ocarina of Time possède peut-être ce potentiel, mais Nintendo n’a tout simplement pas montré assez de choses pour susciter cette envie.

Et c’est sans doute ce qui me rend le plus triste.

Je ne suis pas un détracteur de Nintendo. Bien au contraire. J’ai grandi avec cette entreprise. Comme beaucoup de joueurs de ma génération, j’ai découvert l’émerveillement vidéoludique grâce à ses consoles et à ses licences. J’ai connu ces moments où chaque conférence semblait ouvrir une porte vers l’inconnu.

Aujourd’hui, cet émerveillement se fait rare.

J’ai l’impression de voir un Nintendo qui n’innove plus autant qu’avant. Un Nintendo qui regarde davantage dans son rétroviseur que vers l’horizon. Un Nintendo qui semble vivre sur les cendres encore fumantes des triomphes de la première Switch.

J’espère sincèrement me tromper.

J’espère que les prochains mois me donneront tort et que la firme de Kyoto prépare dans l’ombre les grandes annonces que nous attendons tous.

Mais aujourd’hui, en refermant ce Nintendo Direct, je n’ai pas ressenti l’excitation d’un joueur impatient de découvrir l’avenir.

J’ai surtout ressenti la mélancolie d’un fan qui se demande où est passé le Nintendo qui le faisait rêver autrefois.

Auteur
Torax

Rédacteur / Chroniqueur jeux vidéo pour techcafe.fr

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