🔥 Réductions, bons plans et recommandations

Comment j’ai fait disparaître le « mur rouge » de ma collection Nintendo Switch

Capture d'écran du site Spine Archive montrant une rangée de tranches Nintendo Switch personnalisées, avec en dessous une rangée de tranches rouges et blanches identiques

Il y a quelques semaines, en plein cœur de la canicule, je comatais sur mon canapé, le cerveau probablement en train de fondre quelque part entre deux vidéos Instagram. Je faisais défiler machinalement mon fil, sans vraiment regarder ce qui passait sous mes yeux, quand une publication a réussi à retenir mon attention. Elle parlait de Spine Archive, un site dont l’idée était aussi simple que séduisante : proposer à une communauté de collectionneurs des tranches personnalisées pour les boîtiers Nintendo Switch. L’objectif ? Remplacer ces fameuses bandes rouges et blanches, parfaitement identiques d’un jeu à l’autre, par des tranches correspondant réellement à l’identité du jeu qu’elles contiennent.

Sur le moment, j’ai trouvé ça sympa. Puis j’ai continué à scroller. Je n’avais aucune idée que quelques semaines plus tard, je serais en train de découper des centaines de petites tranches de papier sur la table de mon salon.

Le déclic est finalement venu un soir, alors que je cherchais un nouveau jeu auquel jouer. Je me suis retrouvé face à ma collection Switch. Plus de 320 jeux à l’époque, soigneusement rangés dans leurs boîtiers. Et là, je ne sais pas pourquoi, mais je l’ai pris en pleine figure : le mur rouge.

Des dizaines, puis des centaines de boîtiers presque parfaitement identiques. Rouge, blanc, logo Nintendo Switch. Rouge, blanc, logo Nintendo Switch. Encore. Et encore. L’œil finit par ne plus rien distinguer. Ce qui devrait être une collection de jeux différents ressemblait finalement à une série de produits industriels sortis de la même chaîne de montage. Le problème n’était évidemment pas nouveau. Je le savais depuis longtemps. Mais ce soir-là, impossible de ne plus le voir.

J’avais devant moi plus de 320 aventures, 320 univers, 320 souvenirs potentiels… et tout était visuellement noyé derrière cette même bande rouge.

J’ai repensé à cette publication Instagram. Et si je changeais tout ?

Soyons honnêtes : lorsqu’on parle de plus de 320 jeux, l’idée paraît immédiatement absurde. Remplacer une tranche, ça va. Dix, ça commence à faire. Mais plus de 320 ? Il y avait pourtant quelque chose de profondément satisfaisant dans cette idée. Pour une fois, je pouvais réellement personnaliser ma collection sans modifier les boîtiers, sans les abîmer et surtout sans avoir à bricoler quelque chose de compliqué.

Je me suis donc rendu sur Spine Archive. Et là, bonne surprise : le site permet de rechercher les jeux et de télécharger leurs tranches sous forme de PDF prêts à imprimer. Pas besoin de Photoshop. Pas besoin de passer des heures à reproduire chaque visuel. Je choisissais, je téléchargeais. Et, très rapidement, mon ordinateur s’est retrouvé avec une impressionnante collection de fichiers PDF. À ce moment-là, je crois que j’ai compris que j’étais allé trop loin pour faire demi-tour.

Le salon s’est alors transformé en atelier improvisé. Sur la table : des feuilles de papier photo, une règle métallique, un cutter et tout ce qu’il fallait pour découper proprement des centaines de petites tranches. Le plus amusant, c’est que l’opération est finalement beaucoup plus agréable que je ne l’imaginais.

Il y a le grain légèrement satiné du papier sous les doigts. L’odeur très particulière de l’encre fraîchement imprimée. Le petit bruit de la lame qui suit la règle métallique. Puis cette satisfaction lorsque la tranche se détache enfin avec une découpe nette. Et surtout, il y a le plaisir de voir progressivement les piles s’accumuler. Une tranche. Puis dix. Puis cinquante. Puis tellement que j’ai arrêté de compter.

Évidemment, ce n’était pas exactement l’activité la plus spectaculaire du monde. Pendant quelques heures, j’ai essentiellement découpé du papier dans mon salon. Mais étrangement, je me suis pris au jeu. Parce qu’à chaque nouvelle tranche, je voyais apparaître un morceau de ma collection.

Et c’est probablement là que cette petite opération de bricolage est devenue plus intéressante que prévu. Une tranche de boîtier, au fond, ce n’est qu’une bande de papier. Mais lorsque vous alignez plusieurs centaines de jeux, elle devient aussi une sorte de carte mémoire visuelle. Un logo. Une typographie. Une couleur. Un personnage. Et soudain, vous savez exactement quel jeu se trouve dans le boîtier.

En redonnant à chaque jeu une identité visuelle qui lui est propre, je n’ai finalement pas seulement cherché à rendre mon meuble plus joli. J’ai redonné une place aux jeux eux-mêmes. Metroid ressemble à Metroid. Hollow Knight ressemble à Hollow Knight. Et derrière chaque tranche, il y a désormais une aventure, un souvenir, une période de ma vie de joueur.

Ma collection ne ressemble plus à un alignement de produits identiques. Elle ressemble davantage à un paysage. Un paysage complètement subjectif, forcément imparfait, mais qui m’appartient.

Puis, après plusieurs heures, est arrivé le moment que je n’attendais presque plus : le dernier boîtier. J’ai glissé la dernière tranche dans sa pochette, remis le boîtier à sa place et reculé de quelques pas.

Et j’ai regardé.

C’était toujours ma collection. Toujours les mêmes jeux. Toujours les mêmes boîtiers. Mais l’impression était radicalement différente.

Le mur rouge avait disparu.

À sa place, il y avait désormais une succession de couleurs, de logos et de typographies. Chaque jeu attirait un peu plus l’œil. Certains ressortaient immédiatement. D’autres se fondaient dans l’ensemble. Mais aucun ne semblait désormais interchangeable avec son voisin.

Et j’ai ressenti un truc assez difficile à expliquer : une sorte de soulagement visuel. Comme si ma collection venait enfin de retrouver l’identité qu’elle avait toujours eue dans ma tête.

Cette histoire peut sembler dérisoire. Après tout, je n’ai pas réparé une console. Je n’ai pas découvert un jeu extraordinaire. Je n’ai même pas acheté quelque chose de cher. J’ai simplement changé des morceaux de papier.

Mais c’est justement ce que je trouve intéressant dans la collection. On parle souvent de collectionner comme d’une accumulation : acheter, posséder, ranger, rechercher la pièce manquante. Pourtant, il y a aussi tout ce qui vient après. Regarder sa collection. La contempler. La mettre en scène. La personnaliser. Et parfois, simplement lui redonner un peu de vie.

Mes jeux étaient déjà là. Je n’en ai pas ajouté un seul avec cette opération. Pourtant, lorsque j’ai terminé, j’ai vraiment eu l’impression d’avoir redécouvert ma propre collection. Et finalement, c’est probablement ça qui m’a le plus surpris dans cette histoire. Je pensais simplement vouloir faire disparaître ce fichu mur rouge. Je ne pensais pas prendre autant de plaisir à redécouvrir, jeu après jeu, une collection que je croyais pourtant connaître par cœur.

Alors oui, j’ai passé des heures à découper des bouts de papier pour mes jeux vidéo. Dit comme ça, c’est probablement un peu inquiétant. Mais quand je regarde aujourd’hui mon meuble, je me dis une chose : putain, mais qu’est-ce que c’est plus beau maintenant.

Auteur
Torax

Rédacteur / Chroniqueur jeux vidéo pour techcafe.fr

Réagissez

Lire également