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Et si votre chat était le vrai joueur de votre vie ?

Il y a quelques jours, mon chat m’a regardé droit dans les yeux pendant de longues secondes. Pas avec ce regard affectueux que les propriétaires de chats aiment imaginer. Non. Un regard vide, comme si j’étais un bug dans son environnement. Puis il est parti. Sans un bruit. Sans explication.

C’est à ce moment-là, planté au milieu du salon, que la question m’est venue.

Et si nous étions les PNJ ?

Depuis des décennies, les jeux vidéo nous mettent dans la peau du héros. L’Élu. Le Sauveur. Le dernier espoir de l’humanité. Même quand on incarne un plombier moustachu qui saute sur des tortues, le scénario insiste pour nous rappeler que le monde tourne autour de nous.

Mais si c’était l’inverse ?

Imaginez que notre univers soit un immense jeu vidéo, sauf que les vrais joueurs ne sont pas les humains.

Ce sont les chats.

Et tout devient logique.

Expliquez-moi pourquoi un chat dort vingt heures par jour sans jamais culpabiliser. C’est exactement ce que fait un joueur qui met sa partie en pause. Pendant ce temps, nous continuons à aller travailler, à payer nos factures, à débattre trois heures sur un forum pour savoir si un remaster mérite son prix.

Nous continuons notre routine de PNJ.

Le chat, lui, revient. Il prend la manette. Il renverse un verre, pousse un objet du bord de la table, juste pour voir la physique du moteur. Il miaule à trois heures du matin pour tester les scripts sonores. Puis il sauvegarde et repart dormir.

Vous trouvez ça ridicule ?

Très bien. Expliquez-moi pourquoi un chat fixe un mur pendant vingt minutes.

Il ne regarde pas le mur. Il attend que la texture charge.

Et cette manie de sprinter dans toute la maison avant de s’arrêter net ? Le joueur vient de découvrir la touche « sprint »

Quant à gratter une porte fermée puis refuser d’entrer une fois qu’on l’ouvre : il voulait juste vérifier que l’interaction fonctionnait encore.

Le chat, a ce comportement imprévisible que seuls les vrais joueurs affichent. Il peut vous ignorer une demi-journée, puis venir réclamer une caresse pendant exactement neuf secondes.

Pas dix. Neuf.

À la dixième, vous prenez un coup de patte. L’utilisateur a quitté la session. Merci de votre compréhension.

Le plus fou, c’est que nous sommes persuadés d’être leurs propriétaires.

Quelle naïveté. Personne n’est propriétaire d’un chat. Nous sommes des employés du serveur.

Même notre vocabulaire nous trahit. On dit que le chat « nous adopte », qu’il « choisit son humain ». Depuis quand un PNJ choisit-il son joueur ?

Jamais. C’est toujours le joueur qui sélectionne son personnage secondaire, son point de spawn, la mascotte qui va lui servir de faire-valoir.

Les indices sont partout. Un chat casse un vase : maladresse, dit-on. Test de collision, je dis. Il grimpe au sommet d’une armoire : un joueur qui explore les limites de la carte. Il fixe un coin vide de la pièce : il aperçoit l’interface que les développeurs ont oublié de masquer.

Et ça expliquerait beaucoup de choses. Pourquoi les chats savent toujours quand vous êtes occupé ? Parce que c’est plus drôle. Le bon moment pour une interaction, c’est en pleine visioconférence. Ou juste après que vous ayez changé les draps. Le troll est une mécanique universelle. Les développeurs le savent. Les chats aussi.

Le plus inquiétant, c’est leur capacité à interrompre n’importe quelle activité avec un calme absolu. Vous travaillez sur l’ordinateur ? Le chat vient s’asseoir sur le clavier.

Pas à côté.

Dessus.

Il ne cherche pas l’efficacité. Il cherche à voir ce qui se passe.

Et cette façon qu’ils ont de nous observer, silencieusement, comme si nous étions une simulation comportementale. Peut-être qu’à chaque fois qu’on quitte une pièce, une fenêtre apparaît devant eux : « Humain n°427 : stress élevé. Continuer l’expérience ? »

Ils cliquent sur « Oui ». Évidemment.

Je ne dis pas que c’est vrai. Je dis juste que ça explique plus de choses que certaines intrigues de jeux sortis ces dernières années.

Alors oui, je sais. Certains diront que je délire, qu’il existe des explications scientifiques. Ils ont sûrement raison. Il y a un bouquin d’éthologie sérieux là-dessus, sans le moindre PNJ dedans.

Mais entre ça et l’idée que je suis coincé dans une partie multijoueur dirigée par des chats, je sais laquelle m’amuse le plus.

Parce qu’au moment où j’écris ces lignes, mon chat vient de grimper sur mon bureau. Il s’est installé devant mon écran. Il me regarde.

Je ne peux plus taper.

Le joueur vient de reprendre la partie.

Auteur
Torax

Rédacteur / Chroniqueur jeux vidéo pour techcafe.fr

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