Bon. Je vais probablement me faire détester.
Certains vont m’expliquer que je n’ai rien compris, que je suis passé à côté de l’essentiel, voire que je mérite probablement de finir enfermé dans un donjon sans carte ni fée pour avoir osé critiquer Ocarina of Time. Mais tant pis. Pendant que tout le monde semble en pleine extase devant le retour du chef-d’œuvre de la Nintendo 64 sur Switch 2, je vais prendre le risque de poser une question un peu moins confortable : est-ce que cette nouvelle version est vraiment à la hauteur de ce que représente Ocarina of Time ?
Parce que oui, Ocarina of Time est un monument. C’est même probablement l’un des jeux qui a le plus marqué l’histoire du jeu vidéo. Je comprends donc parfaitement que son retour fasse plaisir. Mais justement : plus le jeu est important, plus j’attends autre chose qu’un simple dépoussiérage.
Et ma première déception vient de la direction artistique.
Personnellement, je la trouve franchement laide. Voilà, c’est dit. On a parfois l’impression de regarder un projet de fan réalisé sous Unreal Engine avec beaucoup de bonne volonté et une belle collection d’assets 3D. Les visages sont étranges, certaines proportions me gênent et surtout, le charme si particulier de l’original semble avoir disparu.
Ocarina of Time avait pourtant une identité visuelle très forte. Elle était évidemment liée aux limitations de la Nintendo 64, mais elle fonctionnait. Le jeu avait ce mélange de naïveté, de couleurs et de personnages un peu cartoon qui participait énormément à son charme. Ici, Nintendo semble avoir voulu moderniser tout ça en allant vers quelque chose de plus réaliste, plus propre et plus détaillé… sans que je trouve le résultat particulièrement séduisant.
Et surtout, j’ai du mal à comprendre pourquoi cette modernisation visuelle ne s’accompagne pas d’une remise à plat plus ambitieuse du jeu.
Nintendo parle de remake. Très bien. Mais à ce que l’on nous a montré, j’ai davantage l’impression d’un Ocarina of Time remasterisé que d’un véritable remake. La caméra est améliorée, les déplacements sont plus modernes, Link peut notamment sauter et sprinter, les dialogues sont enrichis, le doublage fait son apparition et la musique bénéficie d’un traitement plus ambitieux.
Tout cela est appréciable. Mais ce sont essentiellement des améliorations de confort et de présentation.
Le jeu, lui, semble rester très proche de ce que nous connaissons depuis 1998.
Et c’est là que je trouve le choix de Nintendo particulièrement frustrant. Parce qu’en presque trente ans, on a eu le temps de prendre du recul sur Ocarina of Time. On sait ce qui fonctionne encore parfaitement. On sait aussi ce qui était essentiellement le résultat des contraintes de l’époque.
Nintendo aurait donc pu conserver l’aventure originale tout en lui donnant davantage de profondeur.
Pourquoi ne pas intégrer Master Quest directement ? Pourquoi ne pas développer certains personnages qui restent aujourd’hui assez secondaires ? Pourquoi ne pas enrichir les villages, ajouter quelques quêtes ou retravailler certains donjons ? Et surtout, pourquoi ne pas aller fouiller dans les nombreuses idées abandonnées pendant le développement original ?
Ce sont précisément ces éléments qui auraient pu rendre cette version intéressante pour quelqu’un qui connaît déjà le jeu par cœur.
Imaginez découvrir Ocarina of Time une nouvelle fois, mais avec quelques surprises suffisamment importantes pour donner envie de repartir à l’aventure même lorsque l’on connaît déjà chaque recoin d’Hyrule. Là, j’aurais trouvé le projet réellement enthousiasmant.
Parce que la Switch 2 permet justement ce que la Nintendo 64 ne pouvait pas faire. Les limitations techniques qui avaient obligé Nintendo à faire des choix en 1998 ne sont plus vraiment un problème aujourd’hui.
On pouvait donc toucher à la structure, enrichir certains passages, donner davantage de vie au monde et approfondir les personnages sans dénaturer l’œuvre originale.
C’est ça qui me manque dans ce que Nintendo nous a présenté.
Et le prix ajoute encore une petite couche à cette impression. Avec un tarif annoncé autour de 60 euros, contre environ 80 euros pour certaines grosses productions Switch 2, Nintendo semble lui-même positionner cette version à mi-chemin entre la réédition et la véritable nouvelle production.
Commercialement, difficile de lui donner tort. Ocarina of Time est probablement l’un des jeux les plus faciles à vendre de tout le catalogue Nintendo. Il suffit d’afficher le nom, quelques images d’Hyrule et de jouer sur trente ans de nostalgie. Une énorme partie du travail est déjà faite.
Mais c’est justement parce que Nintendo n’avait pas besoin de convaincre que j’aurais aimé qu’il prenne davantage de risques.
En 1998, Ocarina of Time n’était pas simplement le nouveau Zelda. C’était un jeu qui cherchait à définir ce que pouvait devenir Zelda dans un nouvel environnement technologique. Nintendo expérimentait, adaptait sa série à la 3D et prenait des décisions qui allaient influencer toute l’industrie.
C’est cette sensation de découverte que j’aurais aimé retrouver.
Pas forcément un nouveau jeu. Pas une réécriture complète. Encore moins une trahison de l’original. Simplement une version capable de surprendre, même ceux qui connaissent déjà Ocarina of Time sur le bout des doigts.
Et c’est peut-être ce qui me gêne le plus avec cette annonce : elle donne l’impression que Nintendo considère que moderniser un classique consiste avant tout à le rendre plus joli et plus confortable.
Je comprends parfaitement la logique. Le patrimoine Nintendo est immense, les joueurs sont nostalgiques et les coûts d’une production entièrement nouvelle sont autrement plus importants. Mais à force de ressortir ses classiques, Nintendo risque aussi de transformer ses propres jeux en produits patrimoniaux que l’on dépoussière périodiquement, plutôt qu’en œuvres que l’on continue à faire évoluer.
Et Ocarina of Time méritait mieux que ça.
Peut-être que je me trompe. Peut-être que les nouveautés manette en main seront beaucoup plus importantes que ce que les premières images laissent penser. Peut-être que Nintendo garde encore quelques surprises et que cette nouvelle version saura finalement me convaincre.
Je l’espère sincèrement.
Parce que je ne demande pas à Nintendo de changer Ocarina of Time pour le plaisir de changer Ocarina of Time. Je lui demande simplement de profiter de cette occasion pour nous montrer pourquoi ce jeu mérite encore d’être recréé aujourd’hui.
Pour l’instant, je vois surtout un classique de 1998 avec de nouveaux graphismes, quelques améliorations de confort et une direction artistique qui, personnellement, me laisse de marbre.
Et pour le retour d’un jeu aussi important dans l’histoire du jeu vidéo, j’espérais franchement davantage.



