Guns of Fury : le « Metalslugvania » qui fait parler la poudre


Plateforme : Nintendo Switch | Éditeur : Gelato Games | Développeur : Gelato Games | Prix : 14,99 € | Genre : Metalslugvania | Langue : français | Également disponible sur PC


Avec Guns of Fury, la scène indépendante continue de prouver qu’elle maîtrise parfaitement l’art du revival. Mais ici, il ne s’agit pas simplement de recycler une formule éprouvée : le titre propose un mélange étonnamment cohérent entre run and gun à l’ancienne et structure metroidvania moderne. Une ambition qui pourrait se résumer en un mot-valise : « Metalslugvania ».

Un gameplay intense… et mes nerfs mis à rude épreuve

Même les quartiers tranquilles ont leurs hélicoptères de combat.

Au cœur de Guns of Fury, il y a cette promesse un peu folle d’un « Metalslugvania ». Autant dire que j’étais curieux mais méfiant : comment marier la frénésie du run and gun avec la patience de l’exploration ? Dans les faits, l’hybride est d’une efficacité redoutable. Ça tire de partout, et le jeu vous bombarde de contenu (on parle de centaines d’armes, d’objets et de badges) ce qui transforme chaque nouvelle trouvaille en une petite fête. J’ai adoré bidouiller mon arsenal pour voir ce qui fonctionnait le mieux, et je ne vous parle même pas du sentiment de surpuissance quand j’ai pris les commandes d’un mecha pour la première fois. C’est le genre de récompense immédiate qui valide chaque minute passée à fouiller la carte. Bon, je confesse avoir trouvé certains équipements un peu trop situationnels (ceux qui ne servent qu’à ouvrir une porte précise et qu’on oublie aussitôt), mais la générosité globale est là.

Manette en main, le feeling est d’une précision exemplaire. Les contrôles sont tellement réactifs qu’ils m’ont rappelé la souplesse d’un Metroid Dread. C’est fluide, ça répond au quart de tour, et bondir dans les environnements est un vrai plaisir… enfin, jusqu’à ce que la plateforme se fasse trop étroite. Car c’est là que le charme du soft montre ses limites : la gestion des sauts ne pardonne rien. J’ai eu quelques moments de solitude, pestant contre ma Switch après une énième chute frustrante parce que mon personnage n’avait pas cette petite « rondeur » de mouvement à laquelle les jeux modernes nous ont habitués.

Mais mon véritable bras de fer avec le jeu est venu d’un choix de design radical : l’impossibilité de viser en diagonale. Pour être honnête, ma mémoire musculaire a hurlé au scandale durant les premières heures. Dans un jeu où les ennemis surgissent de partout, se retrouver bloqué avec un tir uniquement horizontal ou vertical impose une rigidité « à l’ancienne » qui m’a forcé à des contorsions de placement parfois crispantes. J’ai dû littéralement « rééduquer » mon pouce pour arrêter de chercher cette diagonale inexistante. C’est un parti pris qui renforce indéniablement le cachet nostalgique (on joue comme en 1990, point barre) mais qui demande une sacrée dose d’adaptation. Une fois le pli pris, on finit par l’accepter comme une règle du jeu, mais attendez-vous à quelques moments d’agacement pur avant de retrouver vos réflexes d’antan.

Une lettre d’amour explosive aux années 90 (et à mes souvenirs d’enfance)

La jungle a beau être luxuriante, elle brûle très bien.

Dès que l’écran-titre s’est animé, j’ai eu l’impression de retrouver un vieil ami perdu de vue depuis trente ans. Guns of Fury ne se contente pas de singer le passé, il déploie une esthétique qui dépasse le simple hommage pour devenir une véritable résurrection technologique de l’âge d’or des consoles 16-bit. Son pixel art 2D, méticuleusement dessiné à la main, m’a instantanément transporté. Il capture l’essence vibrante, colorée et chaleureuse des productions phares de la Super Nintendo et de la Mega Drive, tout en y injectant une générosité visuelle, une profusion de détails et des animations démentielles qui étaient, à l’époque, l’apanage exclusif de la Rolls des consoles : la Neo Geo.

Je me suis surpris à m’arrêter net entre deux fusillades juste pour admirer le décor. On y retrouve cette science du détail où chaque écran, de la jungle étouffante aux complexes industriels froids semble avoir été conçu avec une ferveur presque religieuse. Voir les herbes hautes onduler sous le vent ou la pluie battante strier l’écran en même temps que les balles traceurs, c’est un pur bonheur pour les yeux qui ont grandi avec cette esthétique.

Le spectacle atteint son paroxysme lors des explosions. Oubliez le réalisme, ici, elles sont traitées comme une forme d’art à part entière : massives, saturées de couleurs jaunes et oranges, et volontairement excessives. Elles occupent tout l’espace avec une démesure qui m’a rappelé pourquoi j’aimais tant les jeux d’arcade autrefois. Pour parfaire cette plongée nostalgique, j’ai immédiatement activé les filtres CRT proposés par les développeurs. Ils recréent ce grain chaleureux, ce léger flou artistique et surtout les scanlines qui caractérisaient les écrans cathodiques de ma chambre d’ado. L’illusion était totale, transformant ma Switch moderne en une machine à remonter le temps. C’est une célébration totale, sincère et touchante d’une époque où l’action ne s’encombrait pas de réalisme, privilégiant toujours l’impact visuel et l’efficacité du trait.

Exploration et difficulté : entre plaisir de la découverte et envies de mordre la manette

Quand le boss fait trois fois la taille du bâtiment, on réévalue ses chances.

L’architecture de Guns of Fury a été une vraie surprise pour moi. On oublie la ligne droite habituelle des run and gun pour se perdre dans un labyrinthe interconnecté, bourré de raccourcis qui vous font dire : « Ah, mais j’étais là tout à l’heure ! ». J’ai adoré ce rythme en dents de scie : on passe d’une fusillade hystérique à une phase de calme où l’on scrute les murs à la recherche d’un passage dérobé. C’est gratifiant, presque grisant, de tomber sur une amélioration cachée juste parce qu’on a eu la curiosité de tester un saut improbable.

Cependant, je dois l’avouer : le jeu m’a parfois fait lever les yeux au ciel par son côté cryptique. Certains secrets ne sont pas juste bien cachés, ils sont virtuellement invisibles. J’ai passé de longues minutes à taper contre des parois dans l’espoir de trouver une ouverture, pour finalement réaliser que l’indice visuel était d’une subtilité… disons, un peu trop discrète. C’est ce genre de moment où le plaisir de l’exploration se transforme en une épreuve de patience, et où j’ai été plus d’une fois tenté de dégainer mon téléphone pour chercher un guide de jeu, quitte à briser un peu la magie de l’aventure.

Côté challenge, on est sur du sérieux. Le jeu est exigeant, typé arcade, mais il a l’élégance de ne jamais être injuste. Ce qui m’a sauvé (et a sauvé ma santé mentale), c’est l’approche moderne de la défaite. Grâce aux checkpoints généreux, l’échec n’est jamais une punition qui vous renvoie trois niveaux en arrière, mais une invitation à changer de tactique.

Le vrai test de mes réflexes (et de mon calme) est arrivé lors des affrontements contre les « méga boss ». Ce sont des moments de bravoure épiques, de véritables feux d’artifice visuels où j’ai dû apprendre les patterns d’attaque à la dure. C’est dans ces instants, quand la musique s’emballe et que l’écran explose de partout, que j’ai ressenti la plus grande satisfaction : celle d’avoir enfin dompté une séquence qui me paraissait impossible dix tentatives plus tôt. Si vous acceptez de vous perdre un peu et de mordre la poussière de temps en temps, la victoire n’en est que plus savoureuse.

Une technique irréprochable : ma Switch me dit merci

Vincent Fury, homme d’un seul plan : tirer en premier, réfléchir jamais.

S’il y a bien une chose qui peut gâcher mon plaisir dans un jeu d’action, c’est un ralentissement au pire moment. Bonne nouvelle : sur ma Nintendo Switch, Guns of Fury s’est comporté comme un charme. C’est un véritable modèle d’optimisation, prouvant qu’on peut envoyer un déluge d’effets visuels sans mettre la console à genoux. Le jeu maintient un 60 images par seconde d’une stabilité exemplaire, même quand l’écran devient un chaos total de projectiles, de débris et d’explosions géantes.

Ce n’est pas qu’un détail pour les technophiles : c’est le cœur même du plaisir de jeu. Dans un titre aussi nerveux, la moindre saccade m’aurait fait rater un saut ou prendre une balle perdue. Ici, en près d’une vingtaine d’heures de jeu, je n’ai pas croisé un seul bug de collision ni subi la moindre chute de frame rate. C’est propre, c’est net, et on sent que les développeurs ont eu un soin maniaque pour les finitions.

Ce qui m’a vraiment bluffé, c’est la gestion des temps de chargement. Ils sont quasiment invisibles. Passer d’une zone à l’autre ou revenir instantanément au combat après m’être fait ratatiner par un boss se fait sans aucune friction. En mode portable, c’est un pur bonheur : on allume la console, on lance une partie, et on est dans l’action en quelques secondes. Guns of Fury ne se contente pas d’être beau, il est d’une fluidité exemplaire.

Une bande-son qui cogne… un peu trop fort pour mes oreilles

Sous terre, les flammes éclairent mieux que les néons.

S’il y a bien un aspect qui m’a fait vibrer dès les premières secondes, c’est l’ambiance sonore. On est ici sur un véritable shoot d’adrénaline auditif. La musique fait le grand écart entre le charme nostalgique des puces 16-bit et une production moderne qui a du muscle. J’ai été instantanément conquis par ce mélange de synthwave nerveuse et de métal mélodique : c’est le genre de bande-son qui vous donne envie de foncer dans le tas sans réfléchir. Chaque piste semble avoir été calibrée pour coller au rythme de mes rafales, créant une sorte de transe dramatique qui rend chaque combat infiniment plus héroïque.

Mais, car il y a un « mais », cette fougue musicale finit par se heurter à un mixage qui manque parfois de politesse. Si les bruitages des armes et des explosions ont un punch incroyable, ils ont tendance à vouloir tirer toute la couverture à eux.

Au bout d’une heure de jeu intensive, j’ai ressenti une vraie fatigue auditive. Les impacts et les débris saturent tellement l’espace sonore qu’ils finissent par noyer les subtilités de la musique que j’aimais tant. C’est un peu comme être dans un concert de métal où le batteur frapperait deux fois trop fort : c’est grisant au début, mais ça finit par donner mal au crâne. J’ai dû, à plusieurs reprises, faire un tour dans les réglages pour baisser les effets sonores et laisser un peu d’air à la mélodie.

Un scénario nanar assumé : mon plaisir coupable

Mission reçue cinq sur cinq. Questions ? Aucune.

Côté scénario, ne vous attendez pas à du Shakespeare, et honnêtement, c’est tant mieux. Guns of Fury assume avec jubilation tous les codes du cinéma d’action des années 80, et j’ai plongé dedans avec un sourire en coin du début à la fin. On incarne Vincent Fury, un agent spécial dont le charisme se mesure à l’épaisseur de sa mâchoire et à sa détermination à ne jamais négocier.

En le voyant, impossible de ne pas penser aux rôles iconiques de Chuck Norris, avec cette silhouette légendaire tout droit sortie de Portés disparus. Le prétexte ? Un scientifique kidnappé par une corporation malveillante. C’est classique, c’est vu mille fois, mais ça fonctionne à merveille comme carburant pour nous envoyer aux quatre coins de la carte.

Ce qui m’a vraiment séduit, c’est ce ton « nanar » totalement assumé. Les dialogues sont kitsch au possible, truffés de répliques cinglantes qui collent parfaitement à l’ambiance.

Mon verdict : Une baffe nostalgique qui fait du bien

À bord d’un mécha, les problèmes se règlent différemment.

Guns of Fury a réussi là où j’attendais beaucoup de prétendants au tournant : il ne se contente pas de copier ses glorieux aînés, il les fait évoluer. Ce pari fou du « Metalslugvania » fonctionne bien mieux que je ne l’aurais imaginé. C’est un titre qui a du cœur, de la gueule, et surtout une générosité qui m’a scotché à ma Switch pendant une vingtaine d’heures.

Certes, tout n’est pas parfait. J’ai parfois pesté contre l’absence de tir en diagonale, j’ai eu quelques moments de solitude face à des secrets trop bien planqués et mes oreilles ont parfois demandé grâce face au déluge sonore. Mais ces quelques aspérités font presque partie du charme : c’est un jeu qui a du caractère.

Au final, que vous soyez un vieux baroudeur de l’arcade comme moi ou un amateur d’action moderne en quête d’un défi solide, je ne peux que vous le recommander. Acceptez ses règles du jeu, oubliez vos réflexes de 2026, et laissez Vincent Fury vous rappeler pourquoi on aimait tant les années 90.

Note : 8/10

En résumé…

Les plus
• Un « Metalslugvania » qui fonctionne vraiment
• Pixel art sublime et explosions jouissives
• Gameplay nerveux et ultra précis
• Contenu massif et varié
• Boss fights mémorables
• Exploration addictive
• Technique irréprochable (60 FPS constants)

Les moins
• Pas de tir en diagonale (et ça pique)
• Plateformes parfois frustrantes
• Secrets trop cryptiques
• Mixage sonore fatigant

Auteur
Torax

Rédacteur / Chroniqueur jeux vidéo pour techcafe.fr

Réagissez

Lire également