Tintin au Tibet : un souvenir de Noël qui n’a jamais fondu

Souvenir de Noël - Tintin au Tibet (généré par IA)

Je me souviens encore très précisément de ce matin de Noël. Pas comme d’un souvenir flou ou reconstruit avec le temps, mais comme d’un instant resté intact, figé quelque part en moi. Le papier cadeau froissé au pied du sapin, la lumière pâle de l’hiver filtrant à travers les rideaux, et cette cartouche grise entre mes mains. Sur l’illustration, Tintin avançait dans une tempête de neige, minuscule face à l’immensité blanche. À cet instant, je n’ai pas simplement lancé un jeu sur ma Super Nintendo. J’ai franchi un seuil.

Dès les premières secondes, Tintin au Tibet s’est imposé comme quelque chose de différent. Il y avait ce silence, d’abord. Puis la neige, partout. Un monde blanc, froid, presque hostile, qui contrastait violemment avec la chaleur du salon. À l’écran, Tintin avançait sans arme, sans colère, porté uniquement par une certitude intime : Tchang était encore en vie. Cette idée, simple et obstinée, me touchait profondément, sans que je sache encore mettre des mots dessus. Il n’y avait rien à conquérir, personne à vaincre. Juste un ami à retrouver.

Autour de moi, la maison vivait doucement. L’odeur du repas en préparation montait depuis la cuisine, enveloppante, rassurante, mélange de chaleur et de promesse. Mon père lisait son journal tranquillement, assis près du poêle à bois. Le feu crépitait, projetant des ombres lentes sur les murs. Tout semblait immobile, parfaitement à sa place. Et moi, au centre de ce cocon, je voyageais loin, très loin, dans l’Himalaya.

Je me souviens de cette sensation étrange d’être petit. Petit face aux montagnes, petit face aux précipices, petit face à l’effort demandé. Le jeu était difficile, parfois injuste. Les sauts exigeaient une précision impitoyable, la glace ne pardonnait rien, et chaque chute semblait définitive. Pourtant, je ne ressentais ni colère ni frustration durable. Chaque échec me rapprochait un peu plus de Tintin. Comme lui, je tombais. Comme lui, je me relevais. Avancer devenait un acte de persévérance, presque de foi.

Les musiques accompagnaient tout cela avec une discrétion bouleversante. Elles ne cherchaient pas à impressionner, elles existaient simplement, légères, mélancoliques, comme un souffle glacé entre deux sommets. Aujourd’hui encore, il suffit d’une note pour que tout revienne : la télévision à tube cathodique, le tapis du salon, la chaleur du feu, les voix familières. Et ce sentiment étrange, paradoxalement rassurant, d’être seul sans jamais être isolé. Tintin au Tibet me parlait sans mots, me racontait une histoire faite de silence, de patience et de loyauté.

Avec le recul, je comprends que ce jeu m’a marqué parce qu’il respectait l’enfance. Il ne cherchait pas à la brusquer ni à la séduire par le spectaculaire. Il me demandait de ralentir, d’observer, d’accepter l’échec. Il proposait une aventure intérieure autant qu’un parcours de plates-formes.

Aujourd’hui, Tintin au Tibet n’est plus un jeu que je relance, mais un souvenir que je porte. Un fragment de vie conservé dans la neige, intact. Il suffit que je ferme les yeux pour y retourner, pour revoir Tintin avancer, seul dans l’immensité blanche, guidé uniquement par l’amour d’un ami. Ce matin de Noël est toujours là. Il n’a jamais fondu. Comme un rêve d’enfance enfoui sous la neige, prêt à renaître au moindre souvenir.

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Auteur
Torax

Rédacteur / Chroniqueur jeux vidéo pour techcafe.fr

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