La « faille » de la RAM, moteurs à ions, chatbots et pas mal de nostalgie

Voici les sujets qui figuraient dans la newsletter du 8 mai 2020.

Les Surface, super sécurisées ?

Les surfaces de Microsoft n’ont pas de port Thunderbolt et elles n’offrent pas non plus la possibilité d’étendre la RAM. Pourquoi donc ? Pas envie de payer la licence à Intel ? Trop cher à implémenter ? Vous pousser à acheter une nouvelle tablette quand vous commencez à être à l’étroit sur la vôtre ? Absolument pas, c’est pour votre protection !

Thunderbolt offre un accès direct à la mémoire, donc c’est trop dangereux. OK, c’est pas techniquement faux, même si la quasi-totalité de la concurrence offre l’option sans qu’aucun Armageddon informatique ne se soit abattu sur leur clientèle. Et pour la RAM ? Très simple, si la RAM était amovible, quelqu’un pourrait refroidir la barrette à l’azote liquide, l’arracher de votre PC et la mettre dans le sien tout en conservant les données. Amis paranoïaques, bienvenus !

En effet, la durée de rémanence des données sur une barrette de RAM est inversement proportionnelle à la température. En général, c’est quelques millisecondes si la machine est bien au chaud sur vos genoux, mais à -50° ça peut monter à plusieurs secondes. Donc en théorie, en refroidissant suffisamment une barrette de RAM on peut la transférer d’un ordinateur à un autre sans perdre les données. Néanmoins, la probabilité que quelqu’un tente de mener ce type d’attaque sur vous est vraisemblablement très faible. A moins que vous ne soyez du MI-6 ou que vous ne travailliez vraiment dans un secteur stratégique sensible. Il y a d’autres manières bien plus simple de voler vos identifiants ou votre argent.

Concluons donc en disant que le rapport bénéfice/risque penche MASSIVEMENT en faveur de pouvoir augmenter la RAM de son PC pour 99,9% de la clientèle Microsoft. Les arguments de sécurités pour justifier de ne pas offrir ce que de nombreux concurrents proposent sans le moindre problème semblent légèrement douteux. Alors les ingénieurs de Surface : gros parano, ou gros mytho ?

Source : https://www.theverge.com/2020/4/28/21239517/microsoft-surface-laptops-tablets-thunderbolt-support-security-concerns-comment

Complément : on a abordé à nouveau ce sujet dans l’épisode de cette semaine.

Moteur à ions : rêve ou réalité ?

Les moteurs à ions ne sont que tardivement évoqués Star Wars. Certes, je me doutais bien que “Chasseurs cravates” n’était pas une traduction très plausible pour des vaisseaux spatiaux qui ressemblent à des nœuds papillon. Mais je ne dois pas savoir depuis plus de dix ans que TIE signifie “Twin Ion Engines”. Cela dit, les moteurs ioniques existent pour de vrai.

La NASA en testait dès 98 et plusieurs satellites, comme Astra 2, en utilisent. Le principe est assez simple : un gaz est ionisé pour contenir une certaine proportion de porteurs de charges et un champ électrique les accélère. Elles sont ensuite sont expulsés en générant une poussée. Ça ne nécessite que de l’électricité, ça marche dans le vide, c’est donc efficace pour de petits satellites.

Par contre, pour un Airbus A320, c’est un peu léger, un avion de ligne nécessite une poussée énorme. Une autre manière d’envisager les choses est de compter, un peu comme avec un moteur conventionnel, sur la monté en température violente d’un gaz qui va ainsi se détendre tout aussi violemment. Dans un article de l’American Institute of Physics, des chercheurs proposent une méthode pour malmener de l’air avec des microondes.

On commence doux en ionisant de l’air avec un champ électrique qui va arracher quelques électrons des atomes d’azote et d’oxygène. On le fait ensuite passer dans un tube qui traverse un guide d’onde dans laquelle transite des microondes assez puissantes. Ces micro-ondes vont agiter sérieusement les électrons qui vont se cogner un peu partout et diffuser leur énergie dans tout le gaz : c’est-à-dire le chauffer. C’est la bonne nouvelle : ça chauffe vraiment bien : 1000° facile. À ce niveau, l’air devient un plasma et, bien sûr se dilate violemment ce qui génère une poussée.

Comme il faut éviter de trop s’approcher d’une torche à plasma à 1000°, la mesure précise de cette poussée est délicate. Elle serait néanmoins significative, un peu inférieure mais comparable à celle d’un turboréacteur à puissance équivalente. Sauf que ce moteur ne “brûle” pas de carburant, il utilise de l’électricité et l’air ambiant, il n’a aucun rejet. Il est donc aussi “propre” que l’électricité qu’on utilise.

Cela dit, et parce que j’aime bien souffler le chaud et le froid, il faut garder à l’esprit que pour avoir un moteur utile, il faudrait multiplier par 100 la puissance de ce prototype. Ce n’est pas exclu, mais ça demande de plus amples investigations, rien n’indique qu’à des niveaux de puissances beaucoup plus élevées, le système reste stable. Et bon, chacun le sait, sans maitrise, la puissance n’est rien…

Source : https://arstechnica.com/science/2020/05/microwave-thruster-makes-for-clean-burning-jet/

Peut-on encore se moquer de ces chatbots ?

Vous le savez, les chatbots, c’est ma grande passion. Non pas parce que je n’ai pas d’amis, mais simplement parce que je n’aime rien plus que de voir se vautrer au test de Turing le dernier robot de conversation en date après deux phrases.

J’adore les voir changer de sujet pour camoufler le fait qu’ils n’ont aucune idée de ce que je leur ai demandé. J’adore les voir s’enliser dans les contradictions et les répétitions parce qu’ils sont incapables de garder une trace du contexte ou de conserver une personnalité stable. J’adore qu’on me demande mon soda préféré quand je pose une question de politique générale.

Cette année cependant, je suis frustré, car deux nouveaux concurrents sont entrés en lice pour le prix du chatbot le plus humain de tout les temps : Meena et Blender. À ma gauche, en slip multicolore, Meena de Google AI avec ses 2,6 milliards de paramètres entraînés sur 384 Go de textes. À ma droite, casque bleu et blanc, Blender de Facebook et ses 9.4 milliards de paramètres. Des poids super lourds que votre serviteur ne peut pas faire tourner sur son modeste PC, la doc sur le GitHub mentionnant que le gros modèle requiert deux Tesla V100 à 32 Go.

Je suis donc obligé de m’en remettre à la presse et à Youtube. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que je trépigne qu’ils aient des versions en ligne. Meena serait capable de faire des blagues, de répondre presque toujours en contexte et donnerait des conversations très proches du naturel. Les ingénieurs de Google ont mis au point une métrique (la SSA pour Sensibleness and Specificity Average) pour mesurer l’efficacité des chatbots en mesurant la cohérence des échanges : les humains atteignent 86% et Meena 79%, ce qui enterre Mitsuku et tous les autres.

Mais Facebook annonce faire encore mieux avec Blender. Yannic Kilcher a testé le modèle à 9 milliards de paramètres dans une vidéo Youtube et c’est incontestablement impressionnant. Rarement pris en défaut, le chatbot peut même incarner des « rôles ». Yannic, taquin discute ainsi politique avec un chatbot adoptant l’attitude d’un communiste convaincu.

D’une version très caricaturale d’un communiste certes, mais le robot reste dans son personnage, les possibilités sont vertigineuses. Quand ces modèles seront capables de tourner sur des machines plus petites et facilement personnalisables, nul doute que les chatbots prendront une nouvelle dimension. Peut-être même que j’arrêterais de me moquer d’eux…

https://ai.facebook.com/blog/state-of-the-art-open-source-chatbot/

La minute nostalgie

Tout le monde n’a pas la chance d’avoir passé sa jeunesse dans un quartier chaud du Queens dans les années 80. Heureusement, Sega nous a gratifié en 91 de ce qui reste encore aujourd’hui une référence du « beat’em up » : Streets of Rage.

Extrêmement réaliste dans son approche, on y savatait du punk, du dealer, du ninja et du mafieux en faisant quelquefois une petite pause pour manger un poulet trouvé dans une poubelle. Nos ex-flics, assoiffés de justice, restauraient l’ordre à coup de grosses patates, en solo ou en duo et pouvait même occasionnellement demander l’appui du lance-missile du commissariat. Cette véritable simulation de combat de rue a connu 3 épisodes sur Megadrive devenus des classiques.

Un 4ème jeu vient de sortir sur les plateformes modernes et reprend le flambeau avec tout le respect dû à ses ainés. La saga Streets of rage est aussi connue pour sa musique par Yuzo Koshiro. Particulièrement réussie, elle est régulièrement sélectionnée dans les « tops » des meilleures musiques Megadrive. Bien sûr, vous pourriez l’écouter en intégralité sur Youtube pour pas un rond comme le premier millenial venu.

Par exemple ici. Cette BO a néanmoins reçu une édition luxueuse en CD. Pour les moins de 15 ans : c’est un morceau de plastique rond et brillant qu’on pend généralement aux balcons pour faire peur aux pigeons. À la fin des années 80, on s’en servait pour stocker de la musique. C’est donc un artefact d’époque qui colle plutôt bien à l’ambiance du jeu.

Mais on peut faire beaucoup mieux, car les BO sont aussi disponibles sur cassettes ! Les moins de 20 ans pourront ainsi apprendre le sens du mot « rembobiner ». Quel plaisir de ressortir son walkman, d’y mettre deux piles AA  et de chausser son casque en mousse avec beaucoup trop de fil. De refermer le capot de la cassette dans un « clac » satisfaisant, d’appuyer fermement sur « play » et… de se rendre compte que son walkman est mort, la courroie rongée par les ans.

De pleurer aussi en vous rendant compte que le virus va vous interdire les vide-greniers jusqu’à nouvel ordre. Bref, si à l’inverse de moi, vous êtes sûr d’avoir encore un lecteur fonctionnel… la BO de Street of Rage sur « K7 » est même moins chère (10€50) que sur CD. Une affaire.

Source : https://www.wayorecords.com/en/61-streets-of-rage

Revivre la gloire d’antan…

On continue dans le rétro avec un autre revenant : Microprose. Oui, souvenez-vous… enfin, si vous avez connu un temps où les PC avait moins de 4 Mo de RAM. A cette époque des trafics de disquettes, vous en aviez plein des jeux Microprose : Civilisation, Colonization, Falcon, Grand Prix, X-Com, Railroad Tycoon, Master of Orion, etc.

La gloire de ce studio culmine en 94. Cela dit, la compagnie est rachetée en 93 par Spectrum Holobyte, lui-même en difficultés financières en 96, ce qui vide Microprose de ses effectifs. En particulier Sid Meier et Jeff Briggs partiront fonder Firaxis que tout les adeptes modernes de Civilisation connaissent bien. En 98 Microprose est revendu à Hasbro et en 99, la quasi-totalité des employés se retrouvent au chômage.

La marque passe chez Atari en 2001, lui-même n’ayant plus rien à voir avec l’Atari de Nolan Bushnell puisqu’il s’agissait de l’ex Infogrames. Cette rapide rétrospective montre bien que Microprose aujourd’hui est juste un nom qui rappelle à quelques quarantenaires de bons et parfois nébuleux souvenirs. Cette marque fantôme revient donc d’entre les morts sous la forme d’un éditeur basé en Australie qui présente 3 nouveaux jeux de stratégie : Sea Power, Second Front et Task Force Admiral.

Les deux derniers jeux se déroulant pendant la seconde guerre mondiale, le premier étant un jeu de stratégie navale moderne. C’est plutôt conforme à ce qu’on attendrait de jeux Microprose. La puissance de la marque est-elle encore significative pour pousser ces nouveaux titres ? Pas sûr étant donné qu’elle a été en sommeil pendant 20 ans. En tout cas, si les studios de développement veulent sortir des succès critiques à la hauteur de ce qu’elle a connu pendant les années 90, ils ont surement la pression… les pauvres.

Source : https://kotaku.com/after-nearly-two-decades-microprose-is-making-strategy-1843259471

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